— C’est insupportable et agaçant ces trépignements continuels dans l’appartement de Lamark, confiai-je à Miss Berwick pendant que nous déjeunions.
— De plus, il n’a touché à aucun plateau-repas depuis trois jours, répondit-elle. Pourtant, j’ai préparé ce qu’il préfère. Un tablier de sapeur, une spécialité lyonnaise qu’il adore, des quenelles de brochet, des escargots de Bourgogne.
Elle énumérait tous ces plats en comptant sur ses doigts.
— Arrêtez, Margaret, vous me mettez l’eau à la bouche, dis-je en mangeant mes pommes de terre rôties au lard.
— Elles ne vous plaisent pas, mes patates ? demanda-t-elle en regardant dans mon assiette.
— Excellentes, super bonnes, surtout ces lardons fumés.
Elle me pinça délicatement la joue.
Miss Berwick débarrassait la table lorsque mon camarade fit irruption dans la cuisine.
— Ah, vous vous êtes enfin décidé à vous nourrir ! dit tout de go Margaret.
— Pas du tout, je viens chercher Mister O’Witte. J’ai un besoin urgent de m’entretenir avec lui.
Margaret regarda mon ami en dessous et commença à faire la vaisselle.
Deux minutes après, nous étions, Hugh Lamark et moi, enfermés dans le salon de son appartement.
« Regardez, Mister O’Witte, me dit-il, ce que j’ai reçu par courrier il y a quelques jours.
Il me tendit une grande enveloppe bulle.
Je l’examinai et en sortis le contenu.
— Une plume ! m’exclamai-je.
— Une plume d’oie affirma mon ami. Et cette plume, taillée pour l’écriture, a servi à un gaucher.
— À un gaucher ! repris-je, surpris.
— Après un examen minutieux, je peux vous affirmer que celle-ci fait partie de l’aile droite de l’anatidé, donc faite pour l’usage d’une personne gauchère. Mais vous n’avez pas vu le billet qui l’accompagne.
Je replongeai ma main dans l’enveloppe et en retirai une lettre en papier vélin pliée en quatre.
Je la dépliai et la lus à voix haute.

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